Villejuif, le 29 avril 2024

Oncologie - sein, thyroïde, poumon, digestif, gynécologie… succès du modèle de diagnostic en un jour inventé par Gustave Roussy il y a 20 ans

En 2004 a eu lieu à Gustave Roussy la première consultation de diagnostic en un jour des lésions suspectes du sein. Depuis, ce programme s’est progressivement imposé comme une référence dans le diagnostic rapide en oncologie et cette approche « Instadiag » se décline aujourd’hui à d’autres pathologies. Retour sur un modèle inventé et développé à Gustave Roussy.

« L’annonce, en 2004, de la généralisation en France du dépistage du cancer du sein pour toutes les femmes âgées de 50 à 74 ans s’est heurtée au problème de la non-organisation du post-dépistage. Jusqu’à trois mois étaient alors parfois nécessaires pour confirmer ou non la présence de cellules cancéreuses après une mammographie de dépistage » indique la Pr Corinne Balleyguier, cheffe du département d’Imagerie de Gustave Roussy.

« Conscientes de cette problématique et des enjeux que représente la mise en place d’un diagnostic rapide en oncologie, nous avons alors décidé d’unir nos compétences et forces pour réduire à une seule journée ce délai. Le diagnostic du cancer du sein en un jour était né, avec une première patiente prise en charge le 5 avril 2004 » se souvient la Dr Suzette Delaloge, conceptrice du modèle de diagnostic en un jour et aujourd’hui directrice du programme Interception de Gustave Roussy.

Le dispositif s’adresse à toutes les femmes ayant une anomalie du sein détectée lors d’un examen radiologique, ou d’un examen clinique et suspectée de lésion maligne. En 20 ans, 25 000 femmes ont pu en bénéficier.

En pratique, à Gustave Roussy chaque semaine, tous les lundis, près d’une douzaine de professionnels de santé sont mobilisés pour accueillir 25 nouvelles personnes présentant une image suspecte du sein (en majorité des femmes).

Synergie d’une organisation optimisée

La spécificité de ce parcours ? Condenser sur un même lieu et lors d’une seule journée l’ensemble des examens nécessaires pour déterminer un diagnostic. La patiente est d’abord vue par un oncologue médical ou un chirurgien, qui sollicite l’avis d’un radiologue, en se basant sur les examens précédemment réalisés. Si des examens complémentaires se révèlent nécessaires pour le diagnostic, ils sont effectués dans la journée. Les résultats sont toujours accompagnés d’une proposition de prise en charge thérapeutique en cas de diagnostic d’un cancer.

L’organisation du parcours réunissant en un endroit unique l’ensemble des spécialités médicales nécessaires sur le plateau de consultations de Gustave Roussy permet une synergie et des échanges permanents au fil de la journée entre radiologues, anatomo-pathologistes, oncologues et chirurgiens. Le parcours de la journée est individualisé pour chaque patiente. L’infirmière de coordination, véritable cheffe d’orchestre de la journée, a pour mission d’assurer le bon déroulement du parcours de chacun. Les interactions multiples avec les professionnels permettent à chaque personne de bien comprendre les examens réalisés, le premier diagnostic établi, et la prise en charge proposée selon celui-ci, dans une atmosphère ouverte et bienveillante. En cas de lésion bénigne, celle-ci est confirmée quelques jours plus tard par le résultat final de la biopsie, et une simple surveillance est mise en place. En cas de cancer, la prise en charge est immédiatement organisée.

Ce parcours s’appuie aussi sur des techniques innovantes, comme l’angiomammographie, qui permet de visualiser des lésions invisibles à la mammographie standard ou à l’échographie, les techniques multiples de biopsie guidée par l’image selon le besoin, ou encore l’analyse en temps réel par les anatomo-pathologistes du premier prélèvement de biopsie. Cette technique, qui ne nécessite pas la fixation des tissus en laboratoire, permet un premier diagnostic dans la journée.

« J’ai pu bénéficier de ce nouveau parcours juin 2004. En quelques heures, j’ai eu tous les examens et les analyses qui ont amené à une conclusion partielle – puisqu’il fallait encore attendre les résultats de la biopsie que nous n’avions pas le jour même à l’époque – mais qui ne laissait pas de place aux doutes », se remémore Suzanne, parmi les premières patientes à avoir bénéficié du diagnostic en un jour en juin 2004. « Quelques jours plus tard, mon médecin traitant a reçu la confirmation du résultat avec une proposition de prise en charge et une date d’intervention. J’ai été opérée le 13 août. Voilà 20 ans que je mesure le sérieux de Gustave Roussy, la valeur et l’humanité de ceux qui y exercent, et le développement sans relâche de la recherche ».  

Les bénéfices médicaux et économiques de ce parcours rapide de diagnostic ont été démontrés dans une publication parue dans l’European journal of cancer1 en 2016, portant sur plus de 10 000 patientes ayant bénéficié de ce parcours entre 2004 et 2012. L’étude montre que le parcours en un jour a permis de poser dans la journée le diagnostic dans 87 % des cas pour les lésions de type « masse » (cette approche en un jour n’étant pas possible en cas de micro-calcifications).

Modèle décliné dans d’autres pathologies et à l’international

Depuis 2004, de nouveaux parcours de diagnostic rapide ont ouvert à Gustave Roussy, inspirés du modèle du cancer du sein. Pour les cancers de la thyroïde d’abord, avec « l’accueil nodules thyroïdiens en un jour » créé en 2008. Puis pour les cancers du poumon en 2022, dans le cadre du Centre International des Cancers Thoraciques (CICT), qui regroupe Gustave Roussy et le groupe hospitalier Paris Saint-Joseph – Marie Lannelongue.

En 2024, trois nouveaux parcours de diagnostic rapide Instadiag ont été développés avec des premiers patients pour les lésions suspectes du foie, du pancréas, et gynécologiques. L’ensemble de ces déclinaisons est aujourd’hui regroupé sous l’appellation « InstaDiag ».

De nombreux établissements de santé français se sont inspirés du modèle et l’ont adapté selon les besoins. Dans le but de diffuser cette approche de diagnostic dans d’autres établissements de santé dans le monde, un partenariat a été signé avec General Electric. Aujourd’hui, la One-Stop Clinic de sénologie est déployée dans une vingtaine d’établissements au Mexique et en Colombie, ainsi que dans un groupe de cliniques aux États-Unis

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1 - Delaloge, S., Bonastre, J., Borget, I., Garbay, J., Fontenay, R., Boinon, D., Saghatchian, M., Mathieu, M., Mazouni, C., Rivera, S., Uzan, C., André, F., Dromain, C., Boyer, B., Pistilli, B., Azoulay, S., Rimareix, F., Bayou, E., Sarfati, B., Balleyguier, C. (2016). The challenge of rapid diagnosis in oncology: Diagnostic accuracy and cost analysis of a large-scale one-stop breast clinic. European Journal of Cancer, 66, 131–137. https://doi.org/10.1016/j.ejca.2016.06.021

 

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