
René Huguenin est né à Reims, le 12 juillet 1894.
Son goût prononcé pour les lettres semblait le destiner à l'Ecole normale supérieure. Les circonstances devaient en décider autrement. Ce n'est pas la première fois que les méditations littéraires ou philosophiques conduisent à la médecine.
Vint la Première Guerre mondiale. René Huguenin, est dirigé comme médecin auxiliaire sur "l'auto-chirurgicale". Une affectation au 3e régiment de Zouaves, lui vaut la croix de guerre avec deux citations.
Après un fructueux séjour au Val-de-Grâce aux côtés du médecin principal Rouvillois, l'externat et l'internat sont vite conquis et ce sont des années inoubliables passées auprès de ses maîtres : Lecène, Gosset, Hartmann. Ravaut, Rist, Garnier, Ameuille, Brulé.
René Huguenin se sentait irrésistiblement attiré par une branche de la médecine, injustement réputée revêche : "l'anatomie pathologique".
Les fonctions de moniteur puis de préparateur l'avaient mis au contact d'un maître incomparable, Gustave Roussy, et de son éminent disciple Roger Leroux.
Le génie créateur de Roussy faisait surgir une discipline nouvelle, la cancérologie, et en édifia le temple, l'Institut du Cancer.
Entraîné dans cette orbite éblouissante, René Huguenin devint successivement médecin assistant, médecin titulaire, puis directeur.
L'organisation d'un service de dépistage des tumeurs aux Armées, à la S.N.C.F., à la Sécurité sociale, décida le conseil général de la Seine à créer une chaire de cancérologie médicale et sociale. Elle ne pouvait avoir de titulaire plus autorisé que René Huguenin.
L'étude de la tuberculose pulmonaire conduisit René Huguenin à celle des tumeurs du poumon.
Les néoplasies thyroïdiennes sont un autre sujet de travail de René Huguenin qui insiste sur l'importance du diagnostic pré-opératoire.
La maladie de Hodgkin est très proche parente du cancer. René Huguenin montre le polymorphisme de cette affection et découvre la valeur diagnostique de la négativation de la réaction à la tuberculine.
Il faudrait citer ici encore d'importantes recherches sur les naevocarcinomes, sur l'action de la diather-mo-coagulation contre l'essaimage néoplasique, sur les syndromes métastatiques aigus des cancers sur le poumon radiothérapique, sans oublier de remarquables études sur le cancer du sein, sur les cancers professionnels, sur la fréquence du cancer chez l'enfant.
L'effort scientifique de René Huguenin n'a eu d'égale que son activité comme organisateur. Durant les années où il dirigea l'Institut du Cancer qui prendra en 1950, le nom d'Institut Gustave-Roussy, il créa deux nouveaux services de cancérologie, un service d'oto-rhino-laryngologie, et un service de pédiatrie - le premier réalisé en Europe.
La clarté de son exposition, la richesse et l'élégance de sa parole faisaient de René Huguenin un enseignant très écouté.
À l'automne 1955, René Huguenin était prématurément enlevé à l'affection des siens.